Ce vendredi 30 octobre 2009, “ROSSEL Advertising” a édité un supplément “ TOP DES ENTREPRISES DU BRABANT WALLON “ qui est joint à l’édition du journal “ LE SOIR “ (éditions de Bruxelles et Brabant wallon). Au sommaire, une interview du Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Brabant wallon, une autre de Philippe Remy (Nivelinvest), des articles sur la Sopartec et sur le parc scientifique de Louvain-la-Neuve sous oublier des chiffres clés et la présentation d’une quarantaine d’entreprises de la province… Un supplément gratuit à ne pas manquer !
Voici en intégralité l’interview de M. Jean-Pierre HERMANT, Président de la CCIBW sur le thème : “ Le succès du Brabant wallon doit être pérennisé ! ”
Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Brabant wallon, mais aussi des CCI de Wallonie, Jean-Pierre Hermant récuse l’image d’éden économique qui colle au Brabant wallon. A ses yeux, ce succès est en effet avant tout le fruit d’efforts concertés et, surtout, il doit être pérennisé...
Vous n’aimez pas l’image d’éden économique qui est souvent accolée au Brabant wallon. Pourquoi ?
Parce que cela donne l’idée que les Brabançons seraient nés avec une cuiller en argent dans la bouche ! Or, cela ne correspond pas à la réalité. Si la province connaît effectivement une certaine prospérité économique, elle le doit certes à des facteurs favorables comme cette fameuse proximité avec Bruxelles mais aussi et avant tout au dynamisme de ses entrepreneurs et à des années d’efforts conjoints entre les secteurs publics et privés. Si nous avons accueilli à Nivelles l’un des premiers zonings industriels en Belgique, ce n’est pas dû au hasard mais à la volonté de quelques décideurs de l’époque. Et si les parcs économiques actuels, qu’ils soient situés à l’Ouest, au Centre ou à l’Est de la province, connaissent un beau succès, c’est en raison de la mise en œuvre d’une politique d’accueil et de soutien très volontariste.
Vous ne récusez tout de même l’attractivité que chacun lui reconnaît sur le plan de la formation, des loisirs, de l’habitat ou, entre autres, de l’ouverture sur l’étranger ?
Et vous pourriez aussi ajouter que le Brabant wallon est une terre de prédilection pour le tourisme, que les cadres internationaux adorent s’y installer, qu’ils apprécient son cadre de vie tout en étant à proximité de Bruxelles, la capacité d’y inscrire leurs enfants dans des écoles de qualité et même son offre sans équivalent pour les amateurs de golf ! Tout cela concourt bien entendu à faire de la province une territoire recherché par les investisseurs. Mais tout cela ne peut éluder le fait que la réussite économique est avant tout le fruit d’un travail à long terme et d’une concertation de qualité entre les acteurs concernés.
La « Jeune Province » ne bénéficie-t-elle pas aussi du fait d’être « jeune », précisément ?
C’est effectivement un élément à prendre en considération et qui joue à deux niveaux. D’une part, la province bénéficie d’une structure d’animation économique assez simple, dont les acteurs sont complémentaires. En d’autres termes, on ne se marche pas ici sur les pieds comme cela a pu être observé ailleurs où les structures, au cours de l’histoire, ont parfois un peu trop proliféré. Par ailleurs, il faut reconnaître que de nombreux projets industriels sont nés dans une période favorable, alors que le cycle d’innovation technologique était déjà très avancé. Je pense au développement des géants pharmaceutiques comme GSK Biologicals, UCB ou Pfizer, par exemple, mais aussi à des entreprises telles que IRIS, IBA ou Swift dont la naissance est directement liée à l’émergence des nouvelles technologies.
A cet égard, on ne peut pas manquer de faire le lien avec le pôle universitaire de Louvain-la-Neuve...
L’impact de l’UCL est bien évidemment énorme, de par le nombre d’universitaires qui y sont formés mais aussi en raison des recherches qui y sont menées et qui aboutissement à la création de spin-offs. On touche là aussi au cœur du dynamisme du Brabant wallon, dont on peut notamment mesurer l’effet par les projets de développement du parc scientifique de Louvain-la-Neuve : ce sont près de 40 millions qui vont y être investis dans les trois ans. Mais la province bénéficie aussi, sur le plan universitaire, des collaborations avec Bruxelles et l’ULB et, au Sud, avec les Facultés universitaires de Gembloux par exemple.
Le fameux axe Bruxelles-Luxembourg est donc plus que jamais une colonne vertébrale ?
J’en suis convaincu. En sus de son dynamisme intrinsèque, le Brabant wallon ne peut évidemment pas être considéré comme une île qui serait indépendante de son environnement mais au contraire comme un trait d’union entre Bruxelles et la Wallonie. C’est dans cette perspective que la CCIBW participe au plan BMR (Brussels Metropolitan Region, ndlr) et s’implique au même titre et avec autant de dynamisme au redéploiement de la Wallonie. Il faut être bien clair là-dessus : le Brabant wallon est bien ancré au cœur de sa Région et est totalement solidaire des autres bassins avec lesquels il est complémentaire. Du reste, à force de considérer la province comme un paradis, certains pourraient croire que des problèmes comme ceux de la reconversion de l’industrie nous sont étrangers. Or, rien n’est plus faux…
En témoigne, par exemple, la reconversion du bassin de Tubize...
Le déclin de la sidérurgie, ce n’est en effet pas le problème exclusif de Liège et du Hainaut. Nous avons subi cela de plein fouet et force est de constater qu’un travail remarquable est en cours, dont témoigne notamment le développement du parc industriel de Saintes, au sein duquel la SARSI (société d’assainissement et de rénovation des sites industriels du Brabant wallon, NDLR) joue évidemment un rôle fondamental. Je pourrais citer aussi la reconversion du site de la sucrerie, à Genappe, ou le cas d’Arjo Wiggins, à Nivelles, pour démontrer que la thématique de la reconversion, c’est aussi quelque chose que nous connaissons.
Venons-en à présent à l’actualité économique et à la crise financière. Comment les entreprises y ont-elles résisté ?
De part la diversité sectorielle qui le caractérise, le Brabant wallon est assurément davantage épargné que d’autres provinces par les grosses restructurations : nous sommes moins dépendant que d’autres d’un gros secteur en particulier. Mais ce que cette crise a aussi montré, c’est la fragilité des PME qui constituent l’ossature de notre tissu. En témoigne la proportion relativement plus importante, chez nous, des PME qui ont fait appel à la nouvelle législation sur la « procédure de réorganisation judiciaire » qui a succédé à la législation sur le concordat judiciaire et qui a permis à nombre d’entreprises de survivre à cette crise sans précédent. C’est d’ailleurs un de nos rôles, à la Chambre de Commerce et d’Industrie, que d’informer les entreprises sur les enjeux de cette nouvelle législation et sur l’intérêt qu’elles peuvent y trouver en cette période qui pèse sur leur solvabilité.
A plus long terme, comment voyez-vous l’avenir de la province ?
Cette réflexion est en cours au sein d’une cellule baptisée « Table ronde – Horizon Brabant wallon 2020 » au sein de laquelle la CCIBW est partie prenante. Personnellement, je suis persuadé que nous allons continuer à tirer parti de la croissance internationale des fleurons de la biopharmacie qui sont présents sur notre sol ainsi que de la vitalité des entreprises du secteur informatique. Nous sommes aussi idéalement placés pour saisir les opportunités générées par le développement durable et par le Plan Marshall 2.vert de cette nouvelle législature. Mais une fois de plus, je récuse l’idée que l’avenir s’offre à nous sans efforts. Nous aurons plus que jamais besoin d’entrepreneurs de la trempe d’un Jean Stéphenne (GSK Bio), d’un Pierre Mottet (IBA) ou d’un Pierre De Muelenaere (IRIS) par exemple. Nous aurons aussi besoin d’espace pour assurer ce développement (comme à Wavre, à Louvain-la-Neuve, à Jodoigne, à Saintes, à Perwez, entre autres) et de nouvelles structures d’accueil et d’accompagnement des spin-offs et des PME., qui leur permettent de passer plus efficacement du stade de la recherche à celui de l’industrialisation et de la commercialisation. En d’autres termes, les clés du succès doivent être pérennisées.
La formation est-elle aussi à l’ordre du jour ?
Assurément, et à tous les niveaux. Même si la densité d’universitaires qui résident chez nous est quasiment sans équivalent dans le monde, le Brabant wallon n’est pas seulement un grand parc scientifique. Il y faut de la place pour tout le monde et pour tous types d’activités. Notre province bénéficie historiquement d’un enseignement technique très étoffé sur lequel il faut capitaliser pour permettre aux jeunes de saisir les opportunités qui vont se présenter. Et il va de soi que la formation permanente est, plus que jamais, une priorité eu égard à la rapidité des évolutions technologiques : celui qui pense en avoir fini avec les études à vingt ans se trompe lourdement !
Ne manque-t-il pas l’équivalent d’un « Technifutur » en Brabant wallon ?
De grâce, n’ayons pas l’idée de concurrencer les autres provinces dans ce qui s’y fait de mieux et évitons les gaspillages ! Je crois bien davantage en l’idée de compétences transversales, chaque province devenant un centre d’expertise partagée pour les autres entités. A cet égard, un Technifutur « vert », qui n’existe pas en tant que tel et qui serait spécifiquement orienté vers le développement durable, pourrait être, parmi d’autres, une piste à creuser…
Propos recueillis par Benoît July