Les Chambres de commerce et d’industrie ont développé un programme pour aider les entreprises à s’inscrire dans une démarche de développement durable.
De plus en plus d’entreprises cherchent à s’inscrire dans une démarche de développement durable et/ou de “responsabilité sociale des entreprises” (RSE, que l’on peut définir comme la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable).
Mais il n’est pas toujours facile de savoir par où commencer.
Pour aider les entreprises dans leurs démarches, les Chambres de Commerce et d’Industrie belges ont mis sur pied Quadrant, une série de séminaires doublée d’un réseau d’apprentissage. “C’est un outil développé avec les chambres de commerce et d’industrie (CCI) afin de sensibiliser les entreprises et développer avec elles un plan d’action”, explique Veerle Geeraerts qui gère le projet au sein de la Fédération des CCI.
Le projet émane en 2004 de la CCI de Flandre orientale et a été exporté vers les autres chambres. En 2006, le plan d’action fédéral belge de la RSE a apporté son soutien aux réseaux d’apprentissage. Actuellement 11 chambres sur les 15 que compte la Fédération participent au programme Quadrant et 9 d’entre elles organisent un réseau d’entreprises. Au total, 250 entreprises ont participé aux trois programmes Quadrant organisés depuis 2008. Une demande a été introduite au SPP Intégration Sociale pour un Quadrant IV qui, si elle est acceptée, devrait commencer le recrutement des entreprises encore cette année.
Concrètement, le programme Quadrant compte cinq sessions (plus une session d’accompagnement individuel) d’une demi-journée qui rassemblent des groupes de 10 à 15 chefs d’entreprises ou d’organisations issues du privé et de l’économie sociale, tous secteurs confondus et mélangés. Une participation aux frais d’environ 400 euros est demandée aux participants mais il s’agit surtout d’un incitant à l’implication, ce qui est gratuit n’étant pas toujours motivant.
La première session entend déterminer le cadre de la RSE (qu’est-ce que c’est?). “Souvent, les entreprises se précipitent sur le pilier écologique alors que la RSE compte trois piliers: social, économique et environnemental”, précise Veerle Geeraerts. Pour les CCI, la RSE s’entend en effet comme “un processus d’amélioration continu dans le cadre duquel les entreprises intègrent de manière volontaire, systématique et cohérente des considérations d’ordre social, environnemental et économique dans leur concertation avec leurs parties prenantes”.
La deuxième session est consacrée à l’analyse de la durabilité par l’analyse des activités clés de l’entreprise. “La RSE doit absolument partir de la stratégie et des activités de l’entreprise”, insiste Veerle Geeraerts. De là, il faut prioriser les impacts pour développer un plan d’action tout en sachant que l’on ne pourra pas tout faire.
La troisième session vise justement l’élaboration du plan d’action. Chaque participant présente son plan aux autres qui lui donnent du feedback selon la méthode des 6 chapeaux (6 hats) qui permet de découvrir plusieurs angles et façons d’appréhender les choses.
Ensuite, viennent les sessions thématiques où les chefs d’entreprises peuvent choisir parmi des thèmes articulés autour de deux axes: la RSE tout au long de la chaîne ou l’ancrage de la RSE dans l’organisation.
Les sessions se terminent par un événement qui rassemble toutes les entreprises participantes mais également celles qui ont participé aux sessions précédentes.
De plus, à la demande des participants, une ”plateforme web Quadrant avec une communauté LinkedIn” (http://www.quadrantplateforme.be )a été créée pour permettre à chacun d’accéder aux témoignages d’entreprises, à des informations sur les trajets Quadrant ou plus généralement sur la RSE. “Le but est que les entreprises participantes partagent leurs expériences, explique Veerle Geeraerts. Mais nous envisageons de l’ouvrir également à d’autres entreprises.”
Au terme de ce parcours, certaines entreprises ont déjà obtenu des résultats concrets. Par exemple, une entreprise de transport a engagé une diététicienne pour encourager les chauffeurs à adopter une alimentation et un style de vie sains, même sur la route. Une entreprise familiale développe un plan de diversité en embauchant des personnes qui rencontrent des difficultés à trouver un emploi (plus de 45 ans, immigrés, infraqualifiés,Š). Une entreprise réduit les émissions de poussière dans son usine grâce à une installation de vaporisation d’eau récupérée. Ces quelques exemples montrent bien que les actions RSE partent de la stratégie de l’entreprise qui revoit le processus de production pour le rendre plus durable. “La RSE stimule les entreprises à l’innovation, estime Veerle Geeraerts. Elle les amène à réfléchir selon différentes approches que ce soit pour le processus de fabrication ou la gestion des ressources humaines. C’est important dans le contexte de la globalisation parce que réfléchir autrement permet d’évoluer et de renforcer sa position sur le marché”.
Partenaires des autorités publiques en matière de mainstreaming (intégration d’approches nouvelles dans la pratique), les Chambres de commerce ont un rôle à jouer dans la sensibilisation à la RSE et dans l’offre d’outils aux entreprises pour passer à l’action. “Mais on ne peut pas que prêcher, il faut également le faire soi-même”, reconnaît Veerle Geeraerts. Les Chambres de commerce ont donc décidé de s’engager également dans une démarche RSE. Celle-ci se traduit d’abord par une charte qui reprend six points d’engagement portant notamment sur la durabilité, l’implication du personnel, la communication et l’échange d’expériences. C’est ce qui s’appelle joindre le geste à la parole.
Didier Béclard
Journal l’Echo du 1er juin 2011